Mawlid: Discours du Khalife Général des Tidianes

Louange à Dieu qui a excellé dans l’organisation de l’existence, qui a tout créé de par Sa Puissance majestueuse et a façonné le monde suivant Son absolue Volonté qu’aucune règle ou chaîne ne saurait limiter. C’est Dieu, le Puissant Roi à l’hégémonie totale qui juge et crée selon Sa propre Volonté. Nombreuses sont les créations visibles et non visibles, les univers observables et non observables, tous organisés selon une Loi divine d’une précision radicale. Tous ceux-ci fonctionnent selon la Volonté divine et Son bon-vouloir. Comme l’atteste le verset du Coran : « vous ne voudrez qu’à la suite du Vouloir divin ».

Dieu, Exalté soit-Il, a voulu faire exister, parmi toutes les créations existantes, un être vivant, raisonnant et distingué. Il l’a appelé « l’Homme » et lui a fait porter un dépôt ainsi qu’une lourde responsabilité à savoir la Khilāfa. L’Homme doit ainsi habiter la terre et organiser sa marche. Il lui est demandé d’y songer et d’y méditer afin de saisir le secret derrière cette innovation divine, cette création et son existence. Ce dépôt en forme de responsabilité porté par l’Homme, Dieu l’avait proposé à la Terre et aux montagnes, une chose qu’elles ont refusé d’assumer contrairement à l’être humain.

Dieu, Exalté soit-Il, a aussi voulu choisir parmi les hommes des prophètes et envoyés pour guider les créations, les orienter et les mettre sur le droit chemin. Chaque prophète ou envoyé était missionné à son propre peuple et dans une durée bien déterminée. C’est ainsi que cela fut jusqu’à ce que Dieu, dans Sa volonté, ait gratifié les hommes d’un Prophète issu de leur milieu, qui leur faisait lire les signes de Dieu, les purifiait et leur enseignait la sagesse et l’Ecrit céleste. Avant cela, ils étaient dans un égarement manifeste.

Avant sa gracieuse naissance, le monde vivait dans une totale obscurité et une ignorance dans tous les sens du terme mais aussi dans des traditions ainsi que des coutumes barbares et sauvages. Ils avaient de faux imaginaires, mensongers et trompeurs. Par conséquent, nul doute que la venue du Prophète, paix et salut sur lui, est l’un des plus grands dons de Dieu témoignant de Sa Miséricorde pour les hommes.

Songeons à la manière dont Dieu l’a élu afin qu’il illumine l’œil intérieur des hommes ainsi que leurs cœurs corrompus. Ibn Sa‘d et Ibn ‘Asākir rapportent de ‘Abd Allah ibn ‘Abbās qui affirme : « lorsque le Prophète, paix et salut sur lui, est né, la terre s’est emplie de lumière. La manifestation de cette lumière prédisait ce que le Prophète devait amener comme étant une lumière qui guidera les enfants de la terre et mettra fin à l’associationnisme. Dieu dit en ce sens : ‘‘ une Lumière vous est venue de la part de Dieu ainsi qu’un Livre explicite. C’est par elle que Dieu guide ceux qui recherchent Son agrément sur les chemins de la paix. Il les fait passer des ténèbres à la lumières avec Sa permission et les conduit sur une voie droite ».

Dieu l’a choisi parmi les hommes. Il est tendre et clément vis-à-vis de ceux qui le suivent (la Umma). Dieu l’a envoyé en tant que témoin, annonçant les bonnes nouvelles mais aussi en tant qu’avertisseur. Il appelle à Dieu par Sa permission. Il est une lumière éclatante.

Le Prophète était un homme comme nous. De la même manière que nous, il avait des sensations. Il réfléchissait comme nous, s’alimentait et circulait dans les marchés. La différence avec nous est que son humanité était fortifiée par la Révélation divine. Il est ainsi devenu l’incarnation de l’Homme Parfait (al-insān al-kāmil) et du scellement de la prophétie. Il est le Penseur doté de l’infaillibilité. De par sa vie, la terre s’est connectée au ciel. Le finissant et l’éternel se sont mélangés. Comme tous les hommes, le Prophète, paix et salut sur lui, est esprit et corps. Cependant, son esprit est connecté à la Majesté divine.

A travers sa noble sīra et sa prédication bénie, nous voyons à l’œuvre un grand réformateur et une auguste personnalité ayant réuni tous les critères de la Perfection. C’est un guide qui oriente vers la voie de Dieu. C’était un imām  et prêcheur à l’éloquence inégalée. Il était un émir qui écrivait des correspondances et signait des conventions. Il était un leader suivi, un époux affectueux et un père compatissant. Le Coran dit : « un Envoyé issu des vôtres est venu à vous, qui est sensible à ce que vous endurez, qui veille soigneusement sur vous et qui est compatissant et miséricordieux pour les croyants ».

Si l’humanité connaissait ce Prophète clément et miséricordieux à sa juste valeur et l’appéciait avec la compréhension qu’il mérite, alors elle tomberait follement amoureuse de lui. Si les esprits étaient noyés dans les bon souvenirs qui ont marqué sa vie, ils brûleraient de leur désir, les larmes couleraient en abondance et les corps trembleraient d’émotion. L’humanité cheminerait ainsi dans son univers, celui béni de la prophétie, le monde de la pureté et de la contemplation, de la purifiaction et de l’éducation de l’âme, de la formation de l’homme pour la réalisation de son humanitude. L’humanité s’éleverait ainsi à travers les états de la perfection et de voisinage rapproché du divin.

Dieu, Exalté soit-Il, a aussi voulu élire pour les hommes un saint-guide spirituel, un cheikh connaissant les défauts et pièges de l’âme. Il a enraciné dans son cœur béni la Réalité muhammadienne qui lui a ouvert les portes de l’élévation spirituelle. Je veux citer notre maître Elhadji Malick Sy, que Dieu l’agrée. Le Prophète, le Bien-aimé et l’Elu de Dieu, l’a gracieusement câliné, et lui a pris dans ses bras avec joie et affection. C’est cela qui lui permis de suivre sa vie et sa magnifique sīra qui ne sont que lumière et éthique, orientation et manifestation mystique. Il a retracé la vie du Prophète en permettant aux gens de se hâter vers la demeure de l’Envoyé pour le suivre en actes et en paroles. Elhadji Malick Sy versifie en ce sens :
Dans tout ce que j’ai fait, mon unique intention est de suivre le modèle Prophétique. Que Dieu, qui l’a élu, prie sur lui.

L’ardent amour qu’Elhadji Malick Sy vouait au Prophète, paix et salut sur lui, l’a obligé à faire de la naissance de l’Envoyé une fête pour l’humanité, voire pour l’existence toute entière. C’est le jour où le Monde s’est ennobli. Par sa venue, l’existence s’est embellie et a été bonifiée. Son apostolat est synonyme de sauvetage de l’humanité et l’élixir pouvant résoudre, dans l’immédiat, tout problème.

C’est le jour de sa naissance que la lumière ahmadienne et la flamme muhammadienne ont été apposées au ciel le plus proche de nous, tel un soleil illuminant. C’est par la lumière du Prophète que l’ignorance préislamique a touché à sa fin et le monde a été illuminé. Cela est des plus grandes, des meilleures et des plus nobles grâces divines pour les hommes et les génies. Elhadji Malick Sy, que Dieu l’agrée, dit :
« L’année, le mois ainsi que le jour où [le Prophète] celui qui nous guide et le meilleur des hommes naquit est joie, dans la joie, dans la joie. C’est aussi la meilleure des fêtes. Sa naissance est ainsi source de grâces et de bienfaits. C’est par sa célébration que les vœux se réalisent ».

Il dit aussi :

« Pour la quête des grâces de Dieu, célébrez le mawlid. Mais seulement si cela ne pousse pas vers les interdits de Dieu ».

La célébration du mawlid est l’une des meilleures façons pour témoigner au Prophète notre joie et bonheur, lui exprimer la sincérité de notre amour qui est pour nous source de gaîté.  C’est aussi notre manière de le défendre de toutes nos forces et de résister aux attaques organisées contre nos convictions et sentiments, à travers une incrimination offensante de notre Prophète, paix et salut sur lui, au nom de la liberté d’expression et de la politique du je-m’en-foutisme.  Nous autres musulmans tenons à ce que soient revisitées ces positions irresponsables, qui n’ont d’autres buts si ce n’est viser l’islam et blesser un milliard et demi d’individus à travers le monde. Par ailleurs, en retournant au message du Prophète, paix et salut sur lui, nous le trouverons porteur d’éthique ainsi que des principes de bonté et de vertu. C’est aussi un message de justice, de tolérance, de coexistence pacifique et de respect des sentiments d’autrui. Fidèle à l’esprit de ce message fait d’humanisme mais aussi de sacralité de la vie humaine, nous condamnons les actes ignobles qui sont d’un autre âge, perpétrés, à son nom et au nom de notre religion, par des simples d’esprit, au solde de forces obscures. Nous restons convaincus, que l’horreur de la provocation née des caricatures et des déclarations irresponsables de dirigeants politiques ne sauraient justifier les actes perpétrés ces derniers jours.

La seule réponse qui sied est de lever haut le flambeau du message prophétique tel que nous l’avons appris de notre Maitre incontesté et guide, Mawlana Cheikh Al Hadj Malick.

En effet, l’éthique constitue une partie fondamentale et essentielle dans la vie des nations et peuples. Et l’effondrement de ces principes moraux, dans une quelconque société, entraîne certainement la corruption des nations, et la disparition de son éclat et de sa lueur, ainsi que des éléments déterminants de sa force, de son honneur et de sa grandeur.

Et la corruption prend ses racines de l’individu constituant un membre de la famille, et avec le silence, elle prend des proportions démesurées, se propage dans les familles à l’instar d’une maladie dans l’air. En conséquence, elle expose les gens à la calamité et au chaos et aucun lieu n’en sera à l’abri.

Les causes les plus déterminantes : l’absence de restriction religieuse, l’indifférence des notions de justice, de vertu, de pudeur et de sobriété, le silence des Oulémas sur les fautes et les impropriétés, l’omission par rapport aux obligations. Et l’éducation islamique pour les enfants est sous la responsabilité de tout le monde quel que soit le statut de l’individu, parent, imam ou simple citoyen. Une éducation islamique qui leur permet de s’éloigner des nombreuses immoralités qui nous tentent chaque instant de notre vie, de s’éloigner des principes destructeurs importés, et des campagnes d’occidentalisation qui prônent les cultures étrangères allant à l’encontre de toute règle morale ou restriction religieuse.

Et nous invitons également tout le monde à faire davantage preuve de discipline, de calme, de raisonnement et de conscience humaine devant les émotions hasardeuses ainsi que les coups provenant de l’intérieur aussi bien que l’extérieur qui occasionnent des tensions et troubles entre les musulmans. Car, au lieu de se livrer à des conflits, à des altercations et des insultes, ils doivent s’unir étant un bloc pour défendre les enseignements de notre convenable Charia qui est la voie de salut, de réussite et de droiture. Et nous observons qu’il y a des forces étrangères et intérieures qui oeuvrent en catimini dans l’optique d’implanter la corruption dans chaque cellule parmi les cellules des sociétés, d’imputer les principes de chasteté et de pureté à travers les plumes mercenaires, les médias corrupteurs et corrompus qui cherchent à détourner nos jeunes garçons et jeunes filles, de même que notre communauté pour l’affaiblir.

C’est pourquoi j’estime que le rôle de la famille s’inscrit dans la rubrique d’orientation, de mise en éveil, et de distinction entre le mal et le bien. En réalité, l’éducation doit être régie par le dialogue sérieux, calme et constructif entre les parents et les enfants tout d’abord. Ensuite, contrôler les contenus des médias sur tous les supports et toutes les plateformes, responsabiliser l’école, les enseignants, les formateurs, et les professeurs. Ainsi que contrôler la compagnie et les relations intérieures et extérieures de l’enfant du début à la fin. De même qu’il ne faut guère négliger le rôle de la mosquée, de l’Imam et de Mouqadam dans l’orientation des jeunes.

Au lieu de blâmer qui que ce soit, il faut se mettre face à l’opinion contradictoire sans répression, ni diffamation, encore moins division pour limiter l’erreur dans le but de ramener la stabilité dans la famille et la société.

Alors, chaque individu de la société doit s’intéresser à s’améliorer, prendre soin de sa conduite pour influencer positivement son entourage. Donc, au lieu de blâmer la société en tant qu’entité, nous devons, en tant qu’individu, tâcher à ce que la décision nous revienne dans beaucoup de choses. Car, il n’y a l’ombre d’aucun doute que si chacun apporte sa pierre à l’édifice, beaucoup de choses vont changer.

Et nous remercions toutes les autorités religieuses et les structures scientifiques qui se sont mises debout courageusement pour contrer le flot intense et invasif contre toutes les maisons et tous les milieux sociaux à cause de la propagation du Covid-19, cette année, avec des conséquences néfastes dans tous les domaines. Ce qui met le monde à rude épreuve inhabituelle, dans toute l’histoire de l’humanité, au niveau religieux, économique, social et international. Le Covid-19, à cause de son statut pandémique, nous a tous imposé de mettre en place des mesures barrières, à savoir l’isolement, le confinement, la distanciation physique, l’interdiction de voyage, la fermeture des lieux de cultes et les temples et structures de savoir. C’est une période qui n’est globalement identique à aucune autre période auparavant dans la proportion où le lieu de culte le plus sacré dans le monde islamique devient dépourvu de ses fidèles du fait des mesures sévères prises pour contrer la propagation du virus. Dans une telle malheureuse situation, la seule issue à notre portée consiste à faire recours à l’invocation pour que Dieu le Créateur nous vienne en aide, nous mette à l’abri, ainsi que le monde, de cette pandémie dont les conséquences, sur la vie terrestre de l’être humain, sont nombreuses.

A cet effet, nous avons décidé de fermer les mosquées et l’ensembles des lieux de culte ainsi que les écoles pour protéger les gens du Covid-19, conformément aux enseignements de la Charia islamique. C’est pourquoi, nous allons mettre en exergue quelques raisons qui ont motivé une telle décision tout en répondant à ceux qui disent : « La préservation de la religion prime sur la préservation de la vie dans la mesure où la religion consiste en un suc substantiel, et ceci fait l’objet de l’unanimité de la Oumma. » Or, il est nécessaire de mettre en relief trois choses :
Premièrement : la primauté de la préservation de la religion sur la vie ne fait pas l’objet de l’unanimité chez les fondamentalistes. Par contre, il y a une tendance fondamentaliste puissante qui prône la primauté de la préservation de la vie sur la religion, les pionniers de cette tendance sont : Ar-Râzî, Al-Qarâfî, Al-Baydâwî, Al-Assawî, et Az-zarkachî, en arguant que Dieu a permis au musulman de faire preuve d’abjuration pour préserver sa vie.

Deuxièmement : en supposant la véracité de la thèse de la primauté de préservation de la religion sur la vie, le fait d’arrêter les rassemblements (les actes cultuels collectifs), ne consistera guère en l’effondrement du fondement de la religion étant donné que la préservation de la religion s’abrite dans le principe de la prière, et on effectue cette dernière dans toutes les maisons, et la prière de Zuhr (l’après-midi) remplace la prière de vendredi s’il y a un motif valable. Donc, la fermeture des mosquées ne nuit guère l’essence et le fondement de la religion.

Troisièmement : en supposant que la primauté de la préservation de la religion sur la vie, en cas de dilemme entre l’obligation de la préservation de la vie face au danger de la mort à la suite de la contamination du virus, et la préservation de la religion représentée par un acte cultuel complémentaire, en l’occurrence la prière de vendredi, l’obligation de la préservation de la vie primera sur l’acte cultuel complémentaire même si le fait de l’effectuer s’agit de la préservation de la religion. Tous les savants raisonnables sont d’accords sur ce principe.

En somme, nous félicitons la Oumma islamique, la République du Sénégal (le Président, le Gouvernement et le Peuple), ainsi que les représentants diplomatiques accrédités au Sénégal, en demandant à Dieu le Tout-puissant de nous gratifier de l’exaucement, de guider nos pas vers le  salut pour tout le monde et pour le pays, de nous accorder à titre de faveur la santé, la paix, la stabilité mondiale, l’amour et l’harmonie, la mise à fin des guerres, des calamités, des manœuvres militaires qui détruisent l’entité humaine et son existence sur terre en tant que représentant de Dieu.

As-Salâmu Aleykum Wa Rahmatulâhi Wa Barakâtohô

Le Khalif Général de la confrérie Tidiane au Sénégal

Cheikh Aboubakar Mohammad AL-Mansour (Que Dieu le comble de Sa Mansuétude)

Tivaouane, 12 Rabîhul Awwal / 1442 H, 29 Octobre 2020